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Choléra, épidémie de 1893 à Saint-Pierre-Quilbignon (Finistère)

En parcourant les délibérations du conseil municipal de la commune de Saint-Pierre-Quilbignon, commune rattachée à Brest dans le Finistère en Avril 1945, j’ai vu qu’il a été débattu d’un projet d’adduction de réseau potable à la séance du 22 Janvier 1928.

Rien de bien exceptionnel en cela si ce n’est que, lors de ce débat, il a été rappelé aux intervenants différents épisodes d’épidémies, notamment le choléra, et, en particulier celle qui a frappé la commune en 1893. Je me suis donc intéressée à cette épidémie grâce aux registres de l’état civil qui ont la particularité, à cette époque, de mentionner en marge de nombreux actes, les causes du décès.

Ma grand-mère paternelle étant native de cette commune, c’est tout naturellement que j’ai souhaité en savoir un peu plus sur ce fléau.

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Extraits des délibérations du Conseil Municipal de Saint-Pierre-Quilbignon, séance du 22 Janvier 1928 – archives municipales numérisées de Brest (Finistère)

Il n’est pas inutile de rappeler qu’en 1869, il y eut une forte épidémie de variole à  Saint-Pierre-Quilbignon.

En 1882, une épidémie de choléra.

En 1893, Réapparition du Choléra. Le chiffre des décès s’élèvera à 454 au lieu de 300 environ les années précédentes.

Le conseil d’hygiène de l’arrondissement, dans sa séance du 12 Septembre 1893, attribuait l’origine de l’épidémie aux eaux suspectes du Prat Lédan et des 4 Moulins, et il concluait, pour le Prat Lédan, à une canalisation spéciale partant de Rouisan et d’avoir à délaisser complètement la fontaine existante.

Pour les 4 Moulins, à l’établissements de bornes-fontaines et à la fermeture de tous les puits.

La fontaine à air libre de Prat Lédan a été recouverte et une pompe installée pour y puiser de l’eau.

Aux 4 Moulins, la situation est aujourd’hui la même qu’en 1893.

En cette année 1893, la commune a reçu la visite de M. Martin DURR, interne des hôpitaux de Paris,  délégué du Ministre de l’Intérieur, qui prescrivit quelques mesures d’hygiène.

Une des causes de contamination du sous-sol réside dans la pratique suivie des propriétaires des maisons d’habitation de creuser dans leurs jardins des trous, à même la terre, dans lesquels ils jettent eux-mêmes ou font jeter par leurs locataires les ordures ménagères ainsi que les déjections des habitants. Les fumiers ainsi constitués sont ensuite répandus sur les sols des jardins. les trous, dont il s’agit, sont rapidement creusés et on peut les combler encore plus rapidement, ce qui met le service d’hygiène à peu près dans l’impossibilité d’exercer son contrôle pour supprimer ces pratiques.

On peut affirmer sans se tromper que la population du Prat Lédan et des 4 Moulins continue à vivre sur une nappe d’eau contaminée. Ce sont des foyers latents d’épidémie qui ne disparaîtront que par la création d’un service d’eau qui mettra à la disposition des habitants une eau saine et de bonne qualité.

En 1903, épidémie de variole.

En 1926, le conseil départemental d’hygiène ayant a statué sur une demande d’un habitant, voisin des 4 Moulins, à l’effet d’être autorisé à fabriquer des limonades et eaux gazeuses rejeta cette requête parce que l’eau qui devait servir à la fabrication était reconnue contaminée et impropre à la consommation.

Il n’en demeure pas moins navrant de voir que le  PROJET d’adduction d’un réseau potable soit débattu 35 ans après l’épidémie de 1893.

Bien que le 19 Juin un homme soit décédé des suites de diarrhées, le premier décès du au choléra (en fonction des précisions apportées en marge des actes de décès) intervient le 24 Juin 1893, le décès sera déclaré le 25. Yves Marie LEBLOAS, journalier au port et âgé de 40 ans et dix mois et donc la première victime, d’une longue liste, décédée des suites de cette épidémie. Mais, c’est surtout à compter de la seconde moitié du mois d’Août et Septembre qu’elle fera des ravages parmi la population comme en témoigne ce diagramme. Le dernier décès enregistré comme étant du à l’épidémie est celui de Claude KERVELLA, quartier-maître vétéran en retraite âgé de soixante neuf ans et cinq mois. décédé le 26 Octobre. L’épidémie n’aura donc été eradiquée qu’au bout de 4 mois.

Diagramme établi en fonction des informations indiquées en marge des actes de décès

Diagramme établi en fonction des informations indiquées en marge des actes de décès

En 1893, le choléra aura donc fait 109 victimes que j’ai pu identifer, uniquement sur la commune de Saint-Pierre-Quilbignon qui comptait environ 8800 habitants à cette époque, dont 44 femmes âgées de 18 à 60 ans. Les tâches ménagères (cuisine, lessive, ménage, vaisselle, mais également les soins qu’elles apportaient aux personnes déjà contaminées) ont probablement fait qu’elles ont été les plus touchées.

Diagramme établi en fonction des informations indiquées en marge des actes de décès

Diagramme établi en fonction des informations indiquées en marge des actes de décès

Il est toutefois intéressant de noter qu’entre Juin et Octobre de la même année 11 personnes sont décédées de diarrhées ou entérite dont certaines étaient suspicieuses.

Les ravages du mois de Septembre 1893, victimes de l'épidémie de Choléra

Les ravages du mois de Septembre 1893, victimes de l’épidémie de Choléra

Seul un homme décédé de ce fléau n’a pas été identifié.

Acte de décès d'un inconnu décédé à Saint Pierre Quilbignon du choléra en 1893

Acte de décès d’un inconnu décédé à Saint Pierre Quilbignon du choléra en 1893

Du quinze septembre mil huit cent quatre vingt treize à neuf heures du matin

 Acte de décès d’un inconnu de sexe masculin

Habillement chemise coton à raies rouges, une vieille redingote noire, pantalon en drap gris, chaussé de brodequins, n’avait pas de chapeau, le tout sans marque.

Décédé hier soir à onze heures à Landédoc, âgé de trente cinq ans environ.

Signalement un mètre soixante quinze environ, cheveux et sourcils châtains, front couvert, yeux gris, nez busqué et pointu, bouche moyenne, barbe rasée, menton pointu, visage ovale, teint brun.

Sur la déclaration à moi faite par Louis Larvor, garde-champêtre âgé de trente sept ans et par Claude Pérès, secrétaire de mairie, âgé de vingt sept ans, domiciliés en cette commune.

Constaté suivant la loi par moi Yves Charles Morio, adjoint délégué, faisant les fonctions d’officier public de l’état civil, soussigné, après lecture donnée.

Gestion de l’épisode cholérique tel qu’indiqué dans les délibérations du conseil municipal

Session ordinaire du 30 Août 1993

Délibération du Conseil municipal de Saint-Pierre-Quilbignon, session ordinaire du 30 Aoüt 1893 - Archives municipales de Brest

Délibération du Conseil municipal de Saint-Pierre-Quilbignon, session ordinaire du 30 Aoüt 1893 – Archives municipales de Brest

Acquisition d’un pulvérisateur à désinfection.

Monsieur le Maire, vu le nombre de cas de maladies épidémiques qui se sont produits dans la commune, propose au conseil l’acquisition d’un pulvérisateur pour la désinfection des locaux contaminés et communique au conseil le tarif des établissements Geneste, Kersoher et Cie, ingénieurs sanitaires constructeurs.

Il fait remarquer que le type désigné par les lettres et chiffes FC-1 et dont le coût est de deux cents francs serait suffisant pour la commune de Saint-Pierre.

Monsieur le maire informe le Conseil que la mairie de Brest a mis gracieusement à la disposition de la commune, en attendant qu’elle en soit pourvue, un pulvérisateur.

Soucieux de la santé des habitants, le maire a cru de son devoir de proposer au Conseil l’acquisition d’un pulvérisateur, modèle indiqué plus haut.

Le Conseil à l’unanimité vote des remerciements à la municipalité de Brest pour avoir bien voulu nous prêter généreusement un pulvérisateur et décide l’acquisition de l’appareil proposé.

Il vote, en conséquence, une somme de deux cent trente francs à cet effet.

 

Session extraordinaire du 24 Septembre 1893

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Délibération du Conseil municipal de Saint-Pierre-Quilbignon, session extraordinaire du 24 Septembre 1893 - Archives municipales de Brest

Délibération du Conseil municipal de Saint-Pierre-Quilbignon, session extraordinaire du 24 Septembre 1893 – Archives municipales de Brest

Salubrité publique

A propos de l’épidémie cholérique qui sévit dans la commune, le Conseil d’hygiène dans sa séance du 12 Septembre, a parlé de deux villages, le Prat Lédan et les 4 moulins comme possédant des eaux suspectes. Il a conclu pour Prat Lédan : à une canalisation spéciale partant de Rouisan et d’avoir à délaisser complètement la fontaine existante ; pour les 4 Moulins  : à l’établissement de bornes-fontaines et à la fermeture de tous les puits.

Le maire soumet ces deux questions au Conseil Municipal et l’invite à prendre toutes les dispositions qu’il croirait utiles pour remédier à l’état des choses signalées.

Il fait remarquer que dès l’apparition de  l’épidémie dans la commune, l’administration municipale a pris toutes les mesures possibles pour l’enrayer, et a, à cet effet, suivi les instructions du Conseil d’Hygiène de France.

A différentes reprises les malades et les locaux contaminés ont été visités par M. le sous-préfet de Brest et M. le Cerf Mayer, médecin de la Commission d’Hygiène de l’arrondissement accompagné de l’administration municipale.

Hier encore, le Maire a fait visiter à ces Messieurs, au lieu-dit Kérangoff,un puits dépendant de la propriété Pérénès. Ce quartier ayant été jusqu’ici très éprouvé, la mairie a demandé au laboratoire municipal de Brest de vouloir bien analyser les eaux de ce puits, qui sert à alimenter plusieurs ménages des environs. Cette analyse a démontré que l’eau est souillée d’infiltrations de matières organiques, et de ce fait, doit être tenue pour suspecte. Notre visite d’hier nous a en effet fait découvrir une écurie touchant à ce puits et de laquelle s’échappent forcément des infiltrations.

M. Cerf Mayer, après avoir goûté cette eau, et pris communication de cette analyse, a déclaré l’eau nuisible et a demandé, en conséquence, la fermeture du puits.

La mairie a suivi les instructions données par l’administration, tant pour les mesures de précaution que pour l’inhumation des cholériques. Les deux gardes et un journalier sont, tous les jours, employés au service de désinfection et surveillent  avec dévouement les quartiers qui leur sont signalés.

La mairie a aussi reçu la visite de M. Martin DURR, médecin interne des hôpitaux de Paris, délégué du Ministre de l’Intérieur, qui a prescrit quelques mesures qui sont bien suivies.

L’administration municipale est heureuse de signaler au Conseil municipal une amélioration dans la situation sanitaire de la commune. En effet depuis plusieurs jours la moyenne des décès cholériques peut être évaluée entre un et deux. Néanmoins, toutes les mesures prises et à prendre nécessitent des dépenses indispensables non prévues au budget.

L’administration demande en conséquence au Conseil de vouloir bien voter un crédit pour y faire face.

Le Conseil, à l’unanimité, décide l’ouverture d’un crédit de mille francs, avec faculté au maire de le dépasser, si besoin était.

Quant au rapport de la commission d’Hygiène, le Conseil après avoir pris communication des mesures de précautions recommandées aux habitants par la municipalité et, entre autres, de ne faire usage que d’eau bouillie ne peut accepter la canalisation proposée pour le ¨Prat Lédan par cette commission d’hygiène, attendu que faute de ressources, on ne peut procéder actuellement à une canalisation dans le rue de Brest, quartier au moins dix fois plus populeux que le Prat Lédan et, qu’en outre, si l’eau d’une des fontaines est suspecte, la population a la faculté de s’alimenter aux autres fontaines plus avantageusement situées que celle visée par le conseil d’hygiène.

Pour le quartier des 4 Moulins, il serait peut-être autoritaire d’exiger la fermeture de tous les puits, vu que l’eau qu’on y puise ne sert pas à la consommation. Les habitants de ce quartier  ont en effet, à quelques mètres de leur domicile, une borne-fontaine d’eau potable.