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corentin roudaut

 

Corentin ROUDAUT (1875-1950)

Corentin ROUDAUT est né à Saint-Divy (Finistère) le 22 Juin 1875 de Jean Marie et Marie JAOUEN.

Jean Marie ROUDAUT et Marie JAOUEN ont 7 enfants :

  • un enfant mort né en 1874
  • Corentin, mon arrière-grand-père, né le 22 Juin 1875
  • Marie Yvonne née le 24 Mars 1877 et décédée la même année
  • Marie Jeanne née le 11 Janvier 1879 et décédée le 21 Août 1919
  • François Marie né le 1880
  • Annette, née le 2 Octobre 1882 qui décède à l’âge de 3 mois
  • François Marie né le 5 Juin 1884

Marie JAOUEN décède le 25 Juin 1884 à Saint-Divy soit 20 jours après la naissance de François Marie. Corentin sera alors élevé par le frère de sa mère, Jean Marie JAOUEN, comme en témoigne les recensement de Saint-Divy.

Recensements de Saint-Divy (Finistère), 1886

Recensements de Saint-Divy (Finistère), 1886

Son père Jean Marie (dont je perds la trace immédiatement après le décès de son épouse) décède à l’hospice civil de Brest le 20 Février 1888, il est inhumé au cimetière Saint-Martin de Brest. Sa grand-mère, Anne LARSONNEUR, qui vit avec eux chez son oncle décède à son  tour le 26 Juin 1887.

 Corentin devient domestique chez son oncle puis jardinier journalier.

Corentin a effectivement eu une jeunesse bien triste marquée par les deuils successifs de ses parents, de ses frères et soeurs et de sa grand-mère qui a toujours vécu avec lui. Je ne sais pas si cela a influencé son comportement des années plus tard, et de toute façon j’estime ne pas avoir juger mes ancêtres, je les accepte quelque soit leur vécu, ceci n’empêchant tout de même pas mon propre jugement.

A la recherche du registre matricule de Corentin

Etape incontournable lorsque notre ancêtre est un homme, rechercher son registre matricule, toujours intéressant, on y apprend plein de choses ! Effectivement, voilà je viens de le trouver. Dans un premier temps, je vois un registre bien rempli et me dis « Chouette, une personne intéressante, plein d’infos ! » m’imaginant presque un homme ayant eu un remarquable parcours militaire ! Toutefois qu’elle ne fut pas ma surprise en parcourant les lignes :

  • Condamné à Brest le 20 Avril 1895 à six mois de prison pour vol (Sursis),
  • Condamné à Brest le 6 Avril 1896 à 4 mois de prison pour vol,
  • Incorporé au 1er Bataillon légère d’Afrique le 1er décembre 1896 – campagnes d’Algérie du 4 décembre 1896 au 26 Septembre 1897. A savoir que Le 13 juin 1832, par une ordonnance royale de Louis Philippe, sont créés les bataillons d’Afrique pour remplacer les compagnies disciplinaires et les ateliers de soldats où étaient jusque là envoyés les condamnés de droit commun et les punis militaires.
  • Condamné à Brest le 16 Décembre 1898 à six mois de prison pour vol,
  • Appelé pour une période d’exercice à Lorient du du 2 au 29 Juin 1902,
  • Condamné par la cour d’assises du Finistère le 26 Avril 1904 à 5 ans de prison, par corps à cent francs d’amende pour crimes de faux, usage de faux et complicité. Grâcié du restant de sa peine par décision présidentielle du 19 Août 1906,
  • Réduction de service de 28 jours du 13 Juin au 10 Juillet 1905 étant en détention à l’époque de la convocation,
  • Rappelé pour un autre période d’exercice à Brest du 3 au 30 Septembre 1906,
  • Le 1er Octobre 1909, il passe dans l’armée territoriale
  • Il est rappelé à l’activité par décret du 1er Août 1914, il est affecté au 87ème Régiment d’Infanterie Territorial de Brest et sera renvoyé dans ses foyers le 9 Mars 1915 car père de six enfants.
RM CORENTIN ROUDAUT

Extrait du registre Matricule de Corentin ROUDAUT – Matricule 3317 – classe 1895 – bureau de Brest

 

RM CR 2

Extrait du registre Matricule de Corentin ROUDAUT – Matricule 3317 – classe 1895 – bureau de Brest

Comme vous pouvez le constater, un registre matricule qui ressemble plus à un casier judiciaire. C’était la première fois que je voyais des condamnations pénales sur un tel document. Une histoire qui était ignorée de la famille, ou alors restée cachée. Je me demande parfois si ma grand-mère née en 1919 avait seulement connu ce parcours !

1895 – 1906 : des condamnations pénales à la grâce présidentielle

J’ai pu obtenir plus d’informations notamment au travers d’articles de presse, les dossiers judiciaires ayant en grande partie été détruits lors des bombardements.

1895 : Article issu de la Dépêche de Brest du 21 Avril 1895

C’est pour s’acquitter d’une dette qu’il avait contractée, qu’un domestique de ferme, R… (Corentin), âgé de 19 ans a, le 31 mars dernier, détourné au préjudice de son patron M. JAOUEN (note de l’auteur du blog : Jean Marie JAOUEN était son oncle qui l’a élevé suite au décès de ses parents), cultivateur à Saint-Divy, dix-sept sacs de froment d’une valeur de 140 francs. Avec la voiture de son maître et aidé d’un tailleur de pierres, T… (Louis), de Ploudaniel, il en transporta sept à Lesneven pour les vendre et cacha les neuf autres dans un champ. C’est en venant prendre ces derniers, le soir, vers 22 heures 30 que le voleur et son complice ont été pincés,

[…]

R… et T… sont condamnés, le premier à six mois et le second à deux mois de prison. A tous les deux, le tribunal fait application de la loi Bérenger.

1896 : La dépêche de Brest du 2 avril 1896

Roudaut (Corentin), 21 ans, cultivateur à Saint-Divy, a, à trois reprises différentes, volé à M. Le Gall, son patron, : en février 1894, une somme de 290 à 295 francs ; en aôut de la même année, une somme de 70 à 75 francs et en décembre une somme de 40 francs. Cette affaire est déjà venue vendredi devant le tribunal qui, après l’audition de 27 témoins, l’avait renvoyée au 17 avril. A la demande de Me Picot, elle a été terminée hier.

Roudaut a été condamné à quatre mois de prison.

1898 : la depeche de brest du 17 decembre 1898

Corentin Roudaut, cultivateur, est entré dans l’écurie de M. Amour, à Saint-Divy, et s’est emparé d’une pouliche de deux ans, estimée à 450 francs. Il allait la vendre à la foire, mais fût arrêté à 200 mètres de Landerneau.

Il reconnait les faits, attendu qu’il tenait la pouliche par la bride, lorsqu’il fut appréhendé au collet. Il essaie de faire croire à la complicité de la soeur du plaignant, mais ses racontars n’influent en rien sur l’esprit des membres du tribunal, qui lui infligent quatre mois de prison.

1904 : la depeche de brest 26 avril 1904

Une affaire assez compliquée est celle que les jurés sont appelés aujourd’hui à juger et dans laquelle figurent trois accusés, dont l’un surtout, ancien notaire, est loin d’être intéressant : 1- Jean-Pierre Bloas, 39 ans, ancien notaire ; 2- Corentin Roudaut, 28 ans, jardinier à Saint-Pierre-Quilbignon ; 3- Adrien-René-Marie Boucher, 29 ans, jardinier à Guilers.

Voici résumés, aussi succinctement que possible, les faits relevés à leur charge :

Au cours de l’année 1901, Jean Bloas, ancien notaire à Plouguerneau, repris de justice, se concerta avec Roudaut et Boucher pour se procurer, dans l’arrondissement de Brest de l’argent au moyen de pièces et titres par eux falsifiés.

Sachant que Me X…, notaire, avait dans son étude des fonds à placer, il alla le trouver et lui proposa de lui chercher un emprunteur  ; puis il établit avec le concours de Corentin Roudaut et de Boucher, un acte sous seings privés en date à Brest du 15 mars 1900, portant reconnaissance par un sieur Sezny Roudaut (note de l’auteur du blog : cousin de Corentin Roudaut), propriétaire à Guissény d’une dette de 4.500 francs productive d’intérêts à 3% au profit  dudit Corentin Roudaut et fit apposer par Boucher le fausse mention « bon pour 4.500 francs » et la signature Sezny Roudaut. Sur les instructions de Bloas, Roudaut muni de cette pièce, se présenta au mois d’avril 1902, chez Me X…, et le pria de réclamer à Sezny Roudaut le montant de son obligation. Quelques  jours après,  Roudaut revint à l’étude, en compagnie de Boucher, qui se fit passer pour Sezny Roudaut, cultivateur à Guissény, et demanda au notaire de lui procurer les fonds nécessaires pour désintéresser son cousin, Corentin Roudaut. Pour inspirer à Me X…, confiance en sa solvabilité, il lui remit un extrait du registre de transcriptions, que les trois complices s’étaient fait frauduleusement délivrer au bureau des hypothèques, et qui tendait à le représenter comme propriétaire d’immeubles qui, en réalité, ne lui appartenaient pas. Me X… ayant un prêteur, rédigea alors un acte de son ministère, portant prêt pour une dame Y… au profit du soi-disant Roudaut, de la somme de 4.500 francs, montant de la reconnaissance su 15 mars 1900, somme qui fut immédiatement versée à l’emprunteur. Dans ce même acte, Roudaut s’était porté caution envers la dame Y… L’argent fut partagé entre Bloas, Roudaut et Boucher.

Le 10 Juin 1903, Corentin Roudaut se fit passer aux yeux de Me Z…, notaire pour le sieur Noël Mao, cultivateur en Saint-Divy, et fit dresser par ce notaire une procuration , à lui donnée, disait-il, par sa mère à l’effet d’emprunter pour elle 6.000 francs garantis sur un immeuble, et il exhiba, pour se donner plus de crédit, l’état de transcriptions dont il a été parlé plus haut. Quelques heures après, il revint à l’étude avec une femme âgée qu’il dit être sa mère et s’appeler Marie-Yvonne Gourvennec, veuve Mao. Cette femme, qui lui était étrangère, et dont il avait sa complice, confirma ce que Roudaut avait dit au notaire. La prétendue veuve Mao déclara ne savoir signer. Le lendemain, l’accusé revint et signa seul la procuration.

En 1902, Bloas avait fait imprimer des traits dont il faisait remplir les blancs par Roudaut et sur lesquelles il apposait ou faisait apposer la mention et signature d’acceptation. Ce dernier était chargé de la présenter à l’escompte. Trois de ces traites, qui constituent des faux et qui avaient été négociées à la Société bretonne, sont restées imapyées. La première est datée de Lannion le 24 décembre 1902 et portait engagement pour une dame Louet, propriétaire à la Forêt-Landerneau, de payer à Roudaut ou à son ordre, l e 20 Avril 1903, 2.000 francs, valeur en marchandises. Bloas et Roudaut se sont partagés cet argent. La deuxième à l’ordre de Corentin Roudaut, datée à Lannion du 12 Janvier 1903, était tirée sur Sezny Roudaut pour 800 francs. Corentin Roudaut et Bloas avaient, l’un et l’autre, apposés les signatures et mentions nécessaires et se sont aussi partagés l’argent . La troisième de 2.000 francs datée du 16 Février 1903, payable le 7 Mai à l’ordre de Corentin Roudaut, était tirée sur M. Mao-Noël Bloas, qui avait écrit le corps du billet, la mention d’acceptation et la signature. Mao a touché, pour sa part, environ 400 francs.

Roudaut avoue complètement sa part dans les fabrications de fausses traites et l’usage fait à la Société bretonne.

Roudaut et Boucher reconnaissent les faits qui leur sont reprochés et tous deux sont très affirmatifs pour déclarer que l’ancien notaire Bloas a toujours été l’instigateur et souvent l’auteur principal des faux.

Bloas avait une telle influence sur ses complices que, même au cours de l’instruction, il avait réussi à intimider Boucher et à lui faire déclarer qu’il ne le connaissait pas sous son vrai nom. Ivrogne et paresseux, il ne se livre actuellement à aucun travail et n’a pas de moyens d’existence ni de domicile certain. Il a abandonné sa femme avec cinq enfants. Il fréquente les gens sans aveu et couche n’importe où. Depuis 1902, il a encouru neuf condamnations à l’emprisonnement.

Corentin Roudaut, marié depuis trois ans, s’enivre très souvent ; il maltraite sa femme, qui avait à lui reprocher ses absences fréquentes et sa paresse. Il est vantard, batailleur et paresseux. De 1895 à 1898, ayant subi trois condamnations pour vol, il est susceptible d’encourir à la relégation.

Boucher, lui, appartient à une honorable famille. Il s’enivre fréquemment ; d’une intelligence médiocre, il est d’humeur vagabonde et travaille rarement. Jusqu’ici, il n’a fait l’objet d’aucune plainte.

[…]

Les condamnations :

Boucher est acquitté.
Bloas et Roudaut sont reconnus coupables, ce dernier avec admission de circonstances atténuantes.

Bloas est condamné à six ans de travaux forcés et dix ans d’interdiction de séjour.

Roudaut est condamné à cinq ans de prison.

Corentin Roudaut sera finalement grâcié du restant de sa peine par décision présidentielle (Armand Fallières) le 19 Août 1906.

Il est intéressant de noter que Corentin a régulièrement volé des gens liés à sa famille notamment à Jean Marie JAOUEN, son oncle qui l’avait élevé au décès de sa mère. Ce dernier aurait-il était dur avec son neveu ou mon arrière-grand-père aurait-il nourri une forme de jalousie envers une famille qu’il n’avait plus ?

Je n’ai pas retrouvé d’autres traces de méfaits de Corentin, toutefois sur les listes électorales de Brest en 1945, on le retrouve inscrit 3 fois sous la même identité, date et lieu de naissance mais avec des professions et des adresses différentes.

Cependant, à cette époque, il était pratiquement invalide, alité,  victime d’un grave accident au niveau de la tête.

Il décède en 1950 à l’âge de 75 ans. Son épouse Marie-Yvonne décèdera en 1959, je crois qu’elle n’a pas eu une vie facile passant au cours des dernières années de sa vie une bonne partie de son temps avec sa seule fille, ma grand-mère mon père et mes oncles.