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Marie Albine FALGUIERES dite Irma Marie Armelle FALGUIERES

J’ai commencé la généalogie il y a 4 ans, tout bêtement, suite à une discussion, un soir, avec mon ami. Il venait de gagner un voyage à Rio de Janeiro au Brésil et me dit qu’il avait une personne de sa famille (sans connaître vraiment son degré de parenté avec lui) qui était religieuse et qui avait fondé une école au Brésil à Recife.

J’ai donc recherché des informations sur cette personne et j’ai trouvé sur Facebook la page concernant l’école qui porte aujourd’hui son nom. Je les ai contactés et j’ai obtenu plein de renseignements sur elle.

Quel bonheur de commencer une généalogie avec une aussi grande dame !

Et me voilà prise d’un virus ! Ceux qui l’ont attrapé savent qu’aucun remède n’existe. On est soudain pris d’une frénésie de fouiller le passé, de découvrir nos ancêtres, de lire, de sentir et de toucher des vieux papiers toujours et encore !!!

Bon je m’arrête là…

Allez, je vais vous raconter la vie de Marie Albine Falguières dite Sœur (Irma) Marie Armelle.

Pour cela, je propose de commencer notre voyage en 1880, à Prévinquières, un petit village d’Aveyron.

Previnquieres Vue 191X

Prévinquières – Aveyron Vue du début du XXème siècle

 

Tout commence le 25 mai 1880 à Prévinquières, un petit village de l’Aveyron d’environ 300 âmes, situé entre Villefranche de Rouergue et Rodez. Il est 19 heures et une petite fille vient de pointer le bout de son nez. Elle a déjà 3 grands frères pour veiller sur elle. Plus tard, naitront trois soeurs et deux frères. Ses parents, Casimir Falguières et Rosalie Mazars, sont aux anges, enfin une fille après trois garçons ! Elle va s’appeler Marie Albine.

Son frère Célestin Casimir, né en 1878, deviendra, bien plus tard, le grand-père de mon ami.

Acte de naissance Marie Albine FALGUIERES

Acte de naissance de Marie Albine FALGUIERES le 25 Mai 1880 à Prévinquières (Aveyron) Archives départementales de l’Aveyron  – Côte 4E200-7

Marie Albine entrera dans la Congrégation de la Sainte Famille de Sainte Emilie de Rodat à Villefranche de Rouergue – Aveyron. Elle professe le 19 Mars 1901.

La fondation de Goiana- Ville, Brésil, le 8 Mai 1905

 

Goiana, Etat du Pernambuco, BRESIL

Goiana, Etat du Pernambuco, BRESIL

A l’instigation des Pères du Sacré-Coeur de Saint Quentin déjà établis dans la ville de Goiana, Monsieur BRITO, gérant de l’usine à sucre, de concert avec un riche négociant, Monsieur VILLOZO, sollicite le concours des religieuses de la Sainte-Famille pour ouvrir un collège de filles.

La demande fut agréée et le 8 Décembre 1904 les fondatrices venues de France débarquaient à Recife. Elles furent hébergées pendant 5 mois soit par la communauté de l’usine de Goiana soit par celle de Camaragibe.

Le 8 Mai 1905, elles furent conduites dans leur nouvelle maison située au centre  de la ville. C’était Mère Marie Sérapion Pomié, Soeur Marie Laetitia Fayet, Soeur Marie Armelle Falguières et Soeur Marie Prospérine Maury. Ce jour-là le local fut béni. Le lendemain l’école s’ouvrit avec 9 élèves qui montèrent peu après à 24. Leur nombre, cependant, ne s’éleva que lentement  : 43 en 1906, 60 en 1908. Elles organisèrent une association d’Enfants de Marie qui fit beaucoup de bien.

Le 15 Juillet 1913, elles eurent le bonheur de voir la sainte Réserve prendre place dans leur modeste chapelle.

Vers 1918, un comité s’organisa avec l’appui du clergé paroissial pour faire bâtir un local mieux adapté. La première pierre fut bénite en Juin 1919 par Monseigneur Leme, archevêque d’Olinda. Le collège de Goiana a vu son effectif croître au point que l’établissement est devenu l’un des plus florissants collèges de la Sainte-Famille au Brésil.

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Ecole Irma Marie Armelle Falguières à Goiana – Brésil

Au soir du 15 octobre, une rumeur se propageait dans la ville de Goiana :

« La Sainte est morte ! » – écho répercuté semblait-il du cri poussé par le peuple de Villefranche 129 ans plus tôt, à la mort de Sainte Emilie de Rodat, la fondatrice de la Sainte-Famille.

En effet, l’humble et courageuse Mère Marie Armelle venait de décéder au Collège, à l’âge de 101 ans !… dont 76 avaient été directement donnés au service du Brésil. Elle était, depuis de longues années déjà en vénération, peut-on dire, dans cette cité qu’elle n’avait jamais quittée ; en vénération parmi les Soeurs de la Province brésilienne.

Il est impossible de rendre compte de tous les témoignages d’estime et de gratitude qu’avait reçus la chère défunte au cours de son existence : Jubilés de ses 50, 60 et même 80 ans de vie religieuse… centenaire en 1980… distinctions honorifiques diverses…

Des extraits de ce qui a été écrit au moment de sa mort aideront à restituer, le moins mal possible, la physionomie et l’activité apostolique de celle qui fut longtemps la doyenne de la Congrégation.

 Note officielle de la Préfecture municipale de Goiana :

« Le sous-préfet de Goiana à la Direction de l’Exécutif Municipal :

« Consterné, comme tout le peuple de Goiana, à cause du décès de Mère Marie Armelle, notre commune étant en deuil,

en vertu du décret n° 261, demande à l’Industrie et au Commerce la suppression de leurs activités à partir de 15 heures de ce jour,

afin que tous puissent suivre le cortège funèbre de la Mère Supérieure.

Cabinet du Préfet – 16 octobre 1981.

Le décret mentionné n° 261 « Considérant que la Mère Marie Armelle avait été Directrice du Collège de la Sainte Famille pendant 36 ans et avait éduqué et formé quatre générations de notre société… » venait de décider un deuil officiel de trois jours et de suspendre les activités scolaires pour toute la journée du 16 Octobre.

Acte de décès de Marie Albine Falguières le 15 Octobre 1981 à Goiana, Etat du Pernambuco, Brésil

Acte de décès de Marie Albine Falguières le 15 Octobre 1981 à Goiana, Etat du Pernambuco, Brésil

Du Journal de Permambuco (relatant la veillée funèbre du 15 octobre et les obsèques)

« … Le peuple de Goiana qui avait si largement bénéficié de son dévouement et de sa bonté ne cessait de proclamer ses vertus ; les élèves et anciennes élèves, le peuple simple et modeste, les autorités du lieu, chacun avait un fait à citer relatif à sa sainteté. L’admiration et la reconnaissance étaient les sentiments de toute la ville.

… La messe fut célébrée dans la cour de l’école ; et même là, il n’y eut pas de place vide. On sentait sur le visage des assistants qu’entre eux et Mère Armelle nulle barrière n’existait : il n’ y avait que de l’amour !

… Puis le cortège se forma pour transporter le corps à bras, jusqu’au cimetière, parcourant solennellement rues et avenues. La population entière était là, depuis le modeste ouvrier jusqu’aux premières autorités de Goiana et au Consul de France… Mère Armelle, dans sa simplicité, sa discrétion, sa bonté, son dévouement avait su conquérir le coeur de ce peuple…

… Pour la Congrégation de la Sainte-Famille, pour la Province du Brésil, pour la Communauté de Goiana, une certitude s’impose : Mère Armelle est morte comme elle a vécu « saintement ».

Le Journal « O Goianaense », du 31 octobre, révèle une coïncidence de date qu’il trouve « significative d’amour »…

« Le Seigneur l’a rappelée le Jour des Professeurs (Au Brésil, on fête la profession d’enseignant le 15 octobre) et Marie Armelle est sûrement consciente, à présent, qu’elle a mérité les hommages que le peuple de Goiana lui a rendus…. Goiana a connu 27 heures exceptionnelles pour un fait sans précédent : la ville s’est arrêtée le vendredi soir pour assister aux obsèques de la fondatrice du Collège de la Sainte Famille. »

Les grandes étapes de la vie apostolique de la défunte sont retracées ainsi :

En 1905, le 8 Mai, Soeur Marie Armelle arrivait à Goiana, avec trois compagnes ; elles ouvraient une petite école, rue Discita. La fondation d’un Collège devint le grand rêve de la chère Soeur qui obtint des appuis pour son plan…

En 1919, le terrain fut donné et, trois ans plus tard, après un dévouement sans précédent, elle avait la joie d’inaugurer le Collège de la Sainte Famille qui devint un lieu, pionnier pour l’enseignement dans notre région.

En 1926, Soeur Marie Armelle était nommée Supérieure de la Communauté et la Directrice du nouveau Collège. Celui-ci, devenu Ecole Normale, a pu former quatre générations de maîtresses dont la plupart sont aujourd’hui responsables de l’enseignement à Goiana.

Les Soeurs de la Province du Brésil, de leur côté, ne se lassent pas d’exprimer soit leur admiration, soit leur reconnaissance. (Avant de leur laisser la parole, soulignons, à l’honneur des éducatrices du Collège, qu’un nombre important de religieuses de la Sainte-Famille au Brésil ont été élèves de cet établissement). Et voici le portrait de la Mère :

« Port digne, regard pénétrant, visage pacifique, Mère Armelle était une grande psychologue… elle pénétrait dans l’intime. Que de fois elle nous disait : « Voulez-vous être heureuse ? Construisez votre bonheur. Le bonheur est construit par chacun… La personne qui le veut peut être heureuse… » Son esprit de foi, son respect envers l’autorité ont été pour moi un grand stimulant… Que de bien m’a fait sa physionomie sereine dans la souffrance ! J’en garde une impression qui ne s’effacera jamais. »

… Riches et pauvres, tous l’aimaient, tous allaient lui demander conseil. Lorsqu’il y a 7 ans, elle fut atteinte d’hémorragie cérébrale, beaucoup ont continué d’aller la voir bien qu’elle fût incapable de parler et parût inconsciente. Ils priaient auprès d’elle ; nombreux sont ceux qui affirment avoir reçu les faveurs demandées par l’intermédiaire de Mère Armelle, en offrant sa souffrance et son impuissance !…

 » Parler de Mère Armelle m’est bien un devoir de reconnaissance… Elle a été si bonne, si bonne !…. »

« Combien j’admirais sa charité envers tout le monde, à commencer par sa communauté. Nous étions toutes, de sa part, objet de délicates attentions, d’empressement à nous rendre service… Elle savait nous faire voir nos bonnes qualités afin de nous encourager à combattre nos défauts. Et combien cela nous faisait du bien ! D’après sa manière de voir, toutes les filles étaient bonnes et personne ne pouvait toucher à sa Communauté. Aussi toute nouvelle Soeur qui arrivait dans la maison s’y adaptait facilement.

« Sa charité pour les familles qui lui confiaient l’éducation de leurs enfants, elle la pratiquait discrètement, silencieusement et exigeait de ses Soeurs le même comportement.

« Elle avait un tact incomparable pour élever les enfants. Lorsqu’elle arrivait dans une classe, il suffisait d’un regard pour que tout rentre dans l’ordre s’il le fallait. Quel don elle avait reçu !…

« Son humilité aussi était admirable. Très estimée et aimée, elle recevait beaucoup d’hommages des anciennes élèves, des familles ou des autorités.

Lui ont été attribuées successivement ; la médaille d’or de la ville de Goiana, le titre de Bienfaiteur de la même ville, la médaille de la Légion d’Honneur française, le titre de membre honoraire de l’Institut d’Histoire de Goiana… Cela lui coûtait ces hommages… »Ce jour passera comme une autre » disait-elle…

« Sa pieté et sa régularité étaient exemplaires. Toujours des premières à la Chapelle pour l’Office divin et la Sainte Messe. Elle faisait invariablement, chaque après-midi le chemin de la Croix, même pendant les dernières années de sa vie, alors qu’elle était déjà fort âgée et fatiguée.

« Depuis 1974, elle était paralysée ; mais ses anciennes élèves ont voulu la revoir le jour de ses 100 ans. Ce fut une vraie procession vers sa chambre de malade. Toute la population de Goiana s’est d’ailleurs associée à cette fête du centenaire… »

Le témoignage qui précède est celui d’une Soeur qui a vécu 21 ans aux côtés de Mère Armelle, mais toutes les voix ont été concordantes dans la province. :

« Je puis affirmer, entre autre, que Mère Marie Armelle peut être considérée comme un modèle parfait de religieuse et en même temps, une émule de notre Sainte fondatrice, Emilie de Rodat. Imitons-la. Cela en vaut la peine ! »

« Nous qui savons combien elle a souffert en silence, nous pouvons dire avec la plus grande confiance : Mère Armelle est déjà récompensée, pour tout ce qu’elle a fait, pour son don total absolu, sans réserve ; elle est dans l’Eternité bienheureuse. »

« A celle qui a été pour nous toutes une Mère si bonne et si tendre nos « saudades » et notre gratitude » – Saudades : mot portugais presque intraduisible exprimant : amour, regrets, nostalgie…

Les dernières phrases écrites par Mère Marie Armelle sur son cahier de notes achèvent de dessiner la physionomie de celle qui nous a quittée le 15 octobre 1981 :

« Le but de cette vie est de préparer l’autre. »

« Nous demandons à Dieu ce qui nous plaît et Lui nous donne ce qui nous est nécessaire. »

« Voir en beau. Penser en bien. Parler en douceur…. »

« La bonté est le passeport que nous devons présenter à Saint Pierre pour entrer au Ciel ».

« Penser pour accepter. Se taire pour résister. Agir pour vaincre… »

« Qu’il est beau d’être bon ! »

Soeur Marie Armelle était aveyronnaise née  dans une famille de 9 enfants et originaire d’une petite paroisse riche en vocations ; les Falguières ont donné à la Congrégation d’Emilie de Rodat quatre religieuses en trois générations successives : une tante de la chère défunte et deux de ses nièces.

Si Mère Armelle a choisi délibérément de finir ses jours au Brésil, elle n’en aimait pas moins sa terre natale et les siens restés au pays : les lettres qu’elle leur écrivait jusqu’à un âge avancé le prouvent. Eux, de leur côté, ont montré l’attachement qu’ils avaient pour cette tante « lointaine » en venant assister nombreux à la messe célébrée pour elle à Sainte-Claire, le 21 Octobre, regroupant ainsi la famille autour des deux nièces religieuses Soeur Maria et Soeur Elise.

Vous comprendrez que débuter dans la généalogie grâce à une personne aussi admirable est un véritable rêve.

Même si Soeur Marie Armelle ne faisait pas partie de mes ancêtres mais de ceux de mon ami, je trouvai normal de rédiger cet article.

Si ce portrait vous a plu, je vous propose de découvrir Soeur Marie Armelle.

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Marie Albine FALGUIERES – Soeur Marie Armelle (25/05/1880 – 15/10/1981)

Sources :

  • Extrait du bulletin de la Sainte Famille – 1982 n°2 page 39 à 42
  • Extrait de l’histoire de la Congrégation.
  • Page Facebook « Marie Armelle Falguières »
  • Archives départementales de l’Aveyron
  • Ministère des Affaires Etrangères – Etat civil de Nantes